crise économique

Les Fédéralistes posent leurs questions aux Présidents du Parlement européen

Une délégation de militants fédéralistes a pris part, dans le public, à un débat politique organisé par EuroparlTV et Euronews le jeudi 10 juin au Parlement européen.

Un gouvernement économique européen pour conjurer la crise de l'UE

Par Antonio LONGO, Membre du Bureau exécutif du MFE - Gallarate, traduit de l’italien par Jean-Luc PREVEL - Lyon
Cet article a d'abord été publié dans le numéro 147 de FEDECHOSES - Pour le Fédéralisme.

Après la Grèce, la crise du déficit public touche maintenant l'Espagne, elle ébranle les marchés financiers et la spéculation s'y rajoute. La résistance de l'union monétaire est en mise en question du moment où les comptes publics de certains pays (Grèce, Portugal, Espagne) risquent d'être hors de contrôle. A l'automne 2008, les gouvernements européens ne voulurent pas que l'UE lance un plan anti-crise unique, orienté vers la troisième révolution industrielle (énergies renouvelables et nouvelles technologies) et financé par des ressources propres, avec des liens et des objectifs communs qui aurait coûté beaucoup moins cher que la somme des plans nationaux et aurait eu des retombées générales sur l'économie européenne tout entière.

Le résultat c'est que, pour endiguer la récession économique, nos pays ont laissé courir la dépense publique bien au-delà de la fameuse contrainte du déficit de 3 % du PIB. Pour la Grèce, l'Espagne et le Portugal, ce dernier, pour 2009, a respectivement atteint 12,6, 10 et 6,6 %. Et l'Italie prend le même chemin avec la circonstance aggravante d'avoir en 2009 un rapport entre la dette publique et le PIB de 115 %, le plus important des pays de l'UE.

La crise est donc passée de la finance à l''économie réelle' (récession), au chômage et maintenant à la dette publique, tout en restant aussi en danger sur tous les fronts étant donné qu'aucune réforme financière internationale n'a été mise en chantier jusqu'à présent.

De toutes les régions du monde, c'est justement l'Europe qui est dans la situation la pire. En 2010, la croissance atteindra à peine les 0,9 % du PIB dans la zone euro, tandis qu'en Chine elle approchera les 10 %, en Inde les 7 %, au Brésil les 4,8 % et aux Etats-Unis les 4,4 %. C'est parce que nous restons toujours en retard pour les investissements dans la recherche et le développement. L'UE reste bloquée à un modeste 1,77 % là où le Japon investit 3,39 % du PIB et les Etats-Unis 2,66 %.

L'ex Premier Ministre belge Guy Verhofstadt, maintenant chef du groupe des libéraux et démocrates au Parlement européen, a envoyé une lettre à Herman Van Rompuy, nouveau Président de l'UE, dans laquelle il fait un examen impitoyable de « l'état de l'Union » : l'année dernière l'Europe est restée absente dans tous les dossiers importants, de la Conférence de Copenhague sur le climat à la question iranienne et même sur celle de Haïti (manque total de coordination des aides européennes, même si elles ont été nombreuses). Et il conclue ainsi ; « si, le 11 février prochain les Chefs d'Etat et de gouvernement veulent vraiment comprendre les raisons des échecs récents de l'UE, ils devront en tirer une seule conclusion : l'Europe a besoin de plus d'unité et de plus d'intégration, autrement l'Union cessera de jouer un rôle sur l'échiquier mondial. Regarder vers le Traité de Lisbonne en espérant que le vent tourne est insuffisant ».

Le virage ne pourra être pris que par la décision, possible et rapide, de donner naissance à « un gouvernement économique unique » de l'Union pour renverser la vapeur et repositionner l'économie européenne sur le chemin de la compétitivité et de la croissance. Un gouvernement économique européen ne peut pas se définir simplement par la coordination des politiques économiques des pays membres (comme l'a déjà prévu le Traité de Lisbonne), mais il doit pouvoir posséder aussi, en plus d'une politique monétaire, une politique fiscale. C'est indispensable pour stabiliser un déséquilibre structurel qui se manifeste entre l'offre et la demande en présence d'une crise.

Le premier pas doit être fait sur le thème du budget de l'UE qui est aujourd'hui encore considéré comme un appendice des budgets nationaux alors qu'il doit au contraire devenir un instrument de la politique économique européenne. Il s'agit de décider d'une nette augmentation des 'ressources propres' de l'Union (un budget européen qui passerait de 1 à 2 % du PIB communautaire) par le déplacement d'un quota d'imposition des budgets nationaux (par exemple, sous la forme d'une surimposition européenne), à égalité d'imposition fiscale globale pour le contribuable. Le quota « européen » devrait financer les biens et les services publics qui peuvent être le plus efficacement affectés au niveau européen (sécurité, énergie, investissements pour la recherche fondamentale, tournés vers le soutien à l'innovation technologique). Une fonction analogue pourrait être assurée par des « obligations de l'Union » comme modalité de récolte de capitaux internationaux voués à financer des projets européens spécifiques.

Une décision de ce genre montrerait que l'UE entend compléter l'édifice de Maastricht avec la naissance d'une politique économique commune. Ce serait le signe que l'Europe n'entend pas se laisser mettre en marge de l'histoire du monde.

L'avenir de l'Europe vu par Jean Luc Dehaene

Article de Catherine Vieilledent-Monfort

Jean Luc Dehaene, ancien vice président de la Commission, ancien Premier ministre, a rencontré le 16 avril 2009 quelque 120 fonctionnaires communautaires dans le cadre d’un cycle de conférences co-organisées par le Groupe Europe de l’Union des fédéralistes européens et le syndicat R&D.

R&D debat Groupe europe 2

Jean Luc Dehaene estime que, depuis l’élargissement, la paix et la stabilité sont chose faite. Les crises (climat, énergie, finances, alimentation), par contre, imposent d’organiser la gouvernance mondiale. L’Europe peut jouer un rôle, comme elle l’a montré en matière climatique, et peut-être, si elle avance plus vite, dans la résolution de la crise financière.

Il faut aujourd’hui une nouvelle Europe, une Europe politique, pour relayer le marché intérieur. Elle passe par l’extension de la méthode communautaire. Le traité de Lisbonne met sur un pied d’égalité le Parlement et le Conseil des ministres comme deux chambres législatives. Il est le socle commun à 27. La voie du progrès après cela, sera par les coopérations renforcées. La non ratification ne pourrait qu’aggraver l’angoisse face à la mondialisation alors que le message fondamental est que l’Europe fait partie de la solution.

La Commission a connu un certain abaissement par rapport à la présidence qui définit presque le programme de travail. La règle tacite depuis Maastricht qui veut qu’à sa tête soit un ancien du Conseil des ministres n’est pas une bonne chose et le Conseil européen ne comprend plus le rôle de la Commission. L’autre problème est la taille de la Commission. A 31, le Collège risque de devenir un vaste Coreper, il ne fonctionne pas. Le président pourrait au moins hiérarchiser les portefeuilles.

Le programme de Jean Luc Dehaene pour l'Europe

Jean Luc Dehaene a répondu aux questions du public, en particulier sur les points suivants :

  • La « politique de voisinage » est essentielle, notamment avec la rive Sud de la Méditerranée. Si le processus avec la Turquie réussit, il faudra préalablement un nouveau traité.
  • Le budget européen a besoin de ressources propres, parce que c’est aussi un gage que le Parlement européen, qui vote actuellement les dépenses, devienne pleinement responsable.
  • A propos de la gouvernance économique, il estime que les 5 milliards dégagés par la Commission sont un montant trop faible. J. Delors, avec le soutien du Conseil européen, voulait une capacité d’emprunt contra-cyclique dont les Ministres des finances ne veulent pas. Il faut renforcer la BCE car le taux d’intérêt n’est pas un instrument de politique économique.
  • A propos de l’Europe sociale et de la fiscalité, les ressources humaines ne peuvent être considérées comme des moyens de production à qui il suffit d’assurer un salaire de survie (dit « ricardien ») mais il est vrai que les deux matières sont soumises à la règle de l’unanimité.
  • Les mutations d’une société ne résultent pas de décisions politiques mais des ruptures techniques. Les régulations mondiales s’imposent, sinon les divergences d’intérêts (par exemple, entre les USA et la Chine) pourraient dégénérer en conflits.

A propos de son profil en tant que possible présidentiable à la tête de l’une ou l’autre institution, Jean Luc Dehaene réplique qu’il a pour principe de ne pas répondre à des questions hypothétiques. Il s’afflige aussi de la faible participation aux élections européennes, mais l’Europe, comme le Parlement européen, a une faible visibilité.

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